De l'associatif au professionnel

Publié le par Cyber@rchiviste

 

http://2.bp.blogspot.com/-JjtW8YP2Ztk/TV4j6FD6wGI/AAAAAAAAAEQ/cIc-zmPkc44/s1600/Monuments+historiques.PNGLe patrimoine culturel a la cote en ce moment. En tous cas, il est visible ! 


Emissions de télévision, associations de sauvegarde, chantiers de bénévoles, visites guidées, publications, mécénat, articles et sites internet sur des bâtiments en péril (églises, châteaux...), inscriptions de sites français à l'UNESCO ne me semblent jamais avoir été aussi nombreux qu'en ce moment.

Et pourtant, la crise n'est pas là pour faciliter la tâche pour toutes les personnes, associations, organismes ou encore collectivités qui engagent des actions pour la sauvegarde et la bonne gestion du patrimoine culturel français.

Le patrimoine comme la culture sont des valeurs refuge en temps de crise, mais là, je ne vous apprends rien. Le retour vers des valeurs sûres, vers des vestiges d'un passé que l'on a tendance à considérer avec nostalgie et bienveillance est un acte assez habituel quand l'économie et le moral des français n'est pas au beau fixe.


Pour mémoire, l'émergence de la préoccupation de la France pour son patrimoine culturel remonte à la fin de la Révolution française, sous l'impulsion de l'abbé Grégoire (1750-1831). Les bâtiments et biens devenus nationaux après leur confiscation à l'Eglise et à la noblesse sont désormais considérés comme étant la propriété de tous, et devant être respectés de tous.

Les oeuvres d'art et les livres sont les premiers éléments protégés par des lois, alors que les bâtiments ne font pas l'objet d'un contrôle particulier. Ils peuvent être détruits ou transformés. 

C'est en 1830 que le souci de la conservation des bâtiments émerge, concrétisé par la création de l'Inspection générale des monuments historiques sous l'impulsion de François Guizot, Premier ministre de Louis Philippe.

L'UNESCO est créée en 1945, se consacrant à la protection du patrimoine matériel à l'échelle mondiale. Puis en 1997, l'UNESCO définit la notion de patrimoine oral et immatériel de l'humanité, ajoutant au patrimoine matériel, tout ce qui est immatériel (cuisine, traditions...).


En France, la protection du patrimoine est de plus en plus gérée localement suite aux lois de décentralisation des années 1980. Les collectivités assument désormais une grande partie du financement de la protection du patrimoine, sous le contrôle scientifique et technique des DRAC, directions déconcentrées du Ministère de la culture.

 

Ainsi, en France, depuis 30 ans, une partie de la protection du patrimoine est assurée de plus en plus localement, au plus près des populations qui vivent parmi ce patrimoine.

La Fonction publique territoriale a connu un développement exponentiel et les métiers de la conservation du patrimoine se sont solidement implantés localement (conservateur du patrimoine, bibliothécaire, archiviste, ...).

Les professionnels du patrimoine cohabitent désormais avec les associations de protection du patrimoine constituées de bénévoles passionnés, qui ont parfois grandement contribué à la sauvegarde de certains bâtiments, oeuvres et sites.

Sans tous ces bénévoles et sans la prise de conscience des populations elles-mêmes, le patrimoine culturel français aurait sûrement été amputé de nombreux bâtiments, oeuvres d'art, livres, archives, etc.

 

Mais 30 ans après, on peut aussi se poser une autre question : quelle est la place respective des bénévoles et associations et quelle est celle des professionnels du patrimoine employés par les collectivités locales et par les services déconcentrés de l'Etat ?


Comment ces deux univers cohabitent-t-ils désormais ?

 

Le bénévole a la force de son réseau, de ses convictions, de son savoir technique (parfois maçon, électricien, architecte, peintre...), la connaissance des pratiques culturelles locales et est parfois lui-même un élu.
Mais il n'a pas forcément la connaissance des lois, des pratiques d'inventaire, de la méthode historique, de la déontologie du restaurateur du patrimoine, ni la connaissance du contexte culturel et historique global dans lequel se situe son action.

 

Le professionnel, qui n'est pas toujours originaire de la région dans laquelle il travaille, ne connait pas forcément toutes les subtilités culturelles et historiques locales et il travaille avec rationnalité sans être mu par des considérations affectives attachées au patrimoine qu'il doit gérer. Cependant, il est à l'écoute des associations locales de sauvegarde du patrimoine, et comprend leurs préoccupations. Il se nourrit de leurs connaissances.


Il connait les lois, les pratiques d'inventaire, la méthode historique et est en mesure d'expliquer dans quel contexte global se situe son action. Il est aussi en mesure de dialoguer avec les services territoriaux et déconcentrés de l'Etat pour obtenir des subventions.

 

Et ces deux mondes doivent travailler ensemble.

Toute la subtilité se joue dans la diplomatie et l'écoute de l'autre.

A mon sens, aucun des deux partis n'a plus de poids que l'autre. Le bénévole n'est pas un professionnel au rabais.

L'associatif ne doit pas disparaitre au profit du professionnel mais aucun parti ne doit prendre l'ascendant sur l'autre.

La population a le droit de prendre parti sur les choix prix en matière de conservation de certains bâtiments et biens, puisqu'il s'agit du patrimoine de tous, mais elle doit écouter les arguments qui lui sont donnés en retour par les professionnels chargés d'appliquer les choix faits et financés par les collectivités.

Il ne faut jamais arrêter le dialogue, et toujours expliquer et communiquer sur ce que l'on fait.

L'historien local, le maçon et le guide bénévoles, le bibliothécaire amateur etc. (presque) tous ont des choses à dire et des informations à apporter pour enrichir la réflexion de l'autre et faire avancer des dossiers.

Mais tout se joue dans le subtil équilibre que l'on donne à tout ce petit univers afin que chacun garde sa place et que le dossier sur lequel on travaille ne se transforme pas en un grand référendum local ingérable qui n'aboutira jamais.

 

Pour conclure, la décentralisation a professionnalisé et fortement soutenu et amélioré la conservation du patrimoine à l'échelle locale. Pour autant, les métiers du patrimoine ne doivent pas se couper des habitants, bénévoles du patrimoine souvent regroupés en associations.

Penser gérer froidement un patrimoine culturel en se coupant de ceux qui l'ont bâti, plus ou moins récemment, est illusoire.

L'enrichissement mutuel doit venir du dialogue et des échanges de compétences et d'informations mutuels.


 

Exemple d'une action menée par des bénévoles. Restauration du moulin de la Laurède, moulin à eau de montagne situé à 15km de Foix, dans les Pyrénées.

 


 

 

 

 

Publié dans Patrimoine et culture

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