Quelle place pour les archives du monde du travail en France ?

Publié le par Cyber@rchiviste

P6240402_petit.JPG La prise de conscience de l'importance des archives du monde du travail en France remonte à 1949 lorsque Charles Braibant, directeur des Archives de France, décide de la création d'une "Section des archives privées et économiques et du microfilm" au sein des Archives nationales.


Cette section est chargée de recueillir les archives d'entreprises, de les classer et de les rendre utilisables par les chercheurs. Le premier conservateur en est Bertrand Gille, historien de l'économie et des techniques (lien vers le site des Archives nationales du monde du travail évoquant les origines de l'intérêt pour les archives économiques).


Cette politique est concrétisée par l'inauguration d'un premier "Centre des archives du monde du travail" à Roubaix en 1993. Il devait être suivi par la construction de plusieurs autres centres répartis dans le pays, mais fut finalement le seul construit.

Depuis 2007, le CAMT, dénommé désormais Archives nationales du monde du travail, est devenu officiellement le seul site à vocation nationale dédié aux archives d'entreprises.

 

Alors, quelle est la place consacrée aujourd'hui en France par les politiques culturelles aux archives économiques / du monde du travail / d'entreprises ?

 

Les Archives départementales au niveau local ou les Archives nationales du monde du travail sont devenues un relais dynamique et efficace pour la collecte d'archives économiques. La politique de collecte dépend évidemment des orientations voulues par la Direction de ces services mais dans l'ensemble, la prise de conscience est grandissante.

 

Juridiquement, les Archives départementales et les Archives nationales du monde du travail sont le seul relais pérenne lors de la liquidation d'une entreprise. Elles doivent être tenues au courant de la liquidation d'une entreprise et peuvent ainsi aller recueillir ou revendiquer lors d'une vente publique, les documents qui intéressent l'histoire économique locale ou nationale (Conseil d'administration, techniques de production, plans techniques et immobiliers, dossiers de la Direction générale, Comité d'entreprise...).


Les Archives départementales peuvent également élaborer des conventions avec les entreprises en liquidation. Ces conventions peuvent permettre de transmettre la gestion aux Archives départementales, contre le paiement d'une somme déterminée, des archives courantes ou intermédaires qui ont encore une utilité administrative, lors et après la liquidation d'une entreprise (archives financières et comptables, archives du personnel, archives immobilières ...).


Dans le cas des entreprises publiques en liquidation (EPIC par exemple), les archives doivent légalement être transférées à un service d'archives public, car ce sont des archives publiques qui par essence sont inaliénables et imprescriptibles. Elles ne peuvent pas être vendues ou cédées indéfiniment à un archiveur privé ou à des collectionneurs.


Les Archives nationales du monde du travail sont le principal interlocuteur pour les entreprises publiques nationales en activité ou en liquidation qui versent, si elles le souhaitent, leurs archives dans ce service. La plupart des grandes entreprises publiques françaises (Banque de France, EDF, La Poste, SNCF, ...)  étant dotées d'un service d'archives, la collecte demeure interne et les archives sont gérées par l'entreprise. Dans le cas de Charbonnages de France, en liquidation depuis 2008, les archives historiques et intermédiaires du siège parisien ont été transférées aux Archives nationales du monde du travail. Les archives des entreprises des différents bassins (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Centre-Midi...) ont été transférées dans des services d'archives départementaux.

 

La Moselle a reçu fin 2007 le transfert de près de 10 kilomètres linéaires d'archives publiques riches et complètes des Houillères du bassin de Lorraine. Ces documents sont restés stockés dans un grand bâtiment de près de 3000 mètres carrés situé à Saint-Avold (à 50 km à l'est de Metz), devenu depuis l'annexe des archives départementales de la Moselle.

Les origines de l'exploitation du charbon remontent au début du XIXe siècle en Moselle, ce qui a donné naissance à un fonds d'archives très fourni et intéressant de nombreux domaines de recherche (histoire économique, histoire des techniques, sociologie, architecture, généalogie, ...). Le fonds est connu localement et reconnu à l'échelle nationale, ce qui permet de brasser des lecteurs d'horizons très variés.


De plus, depuis août 2011, la vocation industrielle de cette annexe a été consolidée. Le service a été rebaptisé "Centre des archives industrielles et techniques de la Moselle" (CAITM) et, un peu à la manière du CAMT, devenu un service à vocation nationale, le CAITM est désormais destiné à recevoir les archives économiques / d'entreprises / du monde du travail de tout le département et non plus seulement du seul charbon. Lien vers le site internet du service.


La Moselle a été un département fortement industrialisé. Mines de fer, sidérurgie, verre, sel, chaussure, charbon, chimie, ... ont été à l'origine du développement économique du département et il est presque devenu évident, qu'à la suite du transfert des archives du charbon mosellan, cette grande annexe des archives départementales devait s'élargir aux autres industries. C'est désormais chose faite. Le service va s'appliquer à collecter à partir de 2012 les sources du monde du travail du département, à commencer par les archives d'entreprises déjà conservées dans les magasins des archives départementales de la Moselle situés sur les hauteur de Metz (sidérugie, mines de fer, syndicats...).


Alors, voilà une note positive dans ce contexte économique morose, qui voit de nombreuses entreprises disparaître. Un nouveau service d'archives d'entreprise est né, on peut considérer que c'est le second en France, et ça c'est rassurant en ces temps de morosité et de budgets culturels rigoureux.


Ainsi, grâce au travail de nombreux archivistes sur le territoire national (archivistes des collectivités, archivistes d'entreprises, archivistes des archives nationales...), les sources de l'histoire économique devraient être en partie sauvegardées. En partie seulement car il ne faut pas être naïf, l'archiviste ne peut pas être partout et faire barrage aux éliminations d'archives historiques d'entreprises pourtant fondamentales pour l'histoire locale et nationale.

 

Les archivistes des collectivités doivent ainsi s'ouvrir à d'autres sources que les archives purement administratives, mais finalement, avec un peu de curiosité et de formation, cela n'est pas bien difficile.

Je trouve personnellement que les archives du monde du travail sont tout autant, voire davantage attachantes que les archives administratives, car elles touchent l'individu dans son travail, ce qui occupe finalement le plus de temps dans une vie !

 

Alors pour conclure, vive les archives du monde du travail !

Soignons-les, ne les négligeons pas, restons à l'affut, allons les chercher, ne les collectons pas aveuglément mais avec discernement, et puis, convainquons les décideurs, que c'est aussi une part de l'histoire de la société.

 

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Deux mineurs forant un trou avec l'aide d'une turbine à air comprimé et d'un fleuret au charbon en taille 5 au puits Faulquemont

John CRAVEN, 1951-1952

Arch. dép. de la Moselle (Centre des archives industrielles et techniques), réf. C 490.




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ouzina ould hamou 02/09/2015 16:51

bonjour monsieur je n est pas de commataire,je vous demande de m aider pour trouver(le numero securite sociale)de mon defunt epoux il a travailler dans les (1946-1947-1948-1949)
-nom benzarour ali numero pension 39 709704
-né le 16/10/1922/ en algerie- décédé le/13/11/1993/en algerie merci