Quelle place pour la mémoire orale ?

Dans un contexte aussi spécifique que l'industrie et l'entreprise au sens plus général, les traces de l'histoire se trouvent autant dans les archives que dans la mémoire des milliers de protagonistes qui en ont fait le quotidien...
Les archives textuelles ne recèlent qu'une partie objective et administrative de ce qui a été vécu et réalisé.
Existence de nombreuses initiatives :
Ethnologues, sociologues, historiens, archivistes, amateurs, anciens travailleurs s'y sont essayé.
Nous pouvons citer les initiatives de mémoire orale de l'industrie et des réseaux, du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement Loire et Mauges en collaboration avec les Archives départementales du Maine-et-Loire, de l'archivage de la mémoire orale arménienne de Marseille et des Bouches-du-Rhône, de l'initiative de l'Institut national du sport (INSEP), de Story Corps qui existe aux Etats-Unis depuis 2003, un programme d'enregistrement de l'histoire orale assez ambitieux qui a permis d'enregistrer les récits de milliers d'Américains, ainsi que l'initiative de collecte de la mémoire orale et écrite au Ministère des Finances... L'énumération des initiatives existantes n'est évidemment pas exhaustive.
Nous pouvons constater que les projets d'enregistrement de la mémoire orale ne manquent pas et Internet facilite leur visibilité et leur diffusion, ce qui est un atout non-négligeable.
Les pouvoirs publics tout comme les particuliers sont conscients de l'importance et de l'urgence de cette collecte, avant que les protagonistes ne disparaissent.
Or, comment procéder, à partir de rien pour lancer un tel projet ?
Les points à établir et les questions à se poser me semblent être les suivants :
- établir un questionnaire unique passant en revue tous les aspects de la vie des intéressés dans l'entreprise
- définir un corpus de types de protagonistes à interroger : interroger tous les niveaux hiérarchiques (de l'ouvrier au directeur dans le cas d'une entreprise). Ne pas interroger que la tranche majoritaire de laquelle proviendront la plupart des volontaires.
Définir aussi :
- qui va interroger les personnes : ethnologue, historien, journaliste, archiviste...
- comment cette personne va être rémunérée (subvention, CDD...)
- le matériel à acheter : le support numérique semble être le plus aisé à manier
- si l'on choisit de filmer ou d'enregistrer uniquement la voix des interviewés
- qui va conserver toutes les sources enregistrées (association, service d'archives public, ministère, archives nationales, archives privées ...)
- sur quel support on va conserver les sources : DVD, disque dur, serveur... Les supports numériques étant fragiles et d'une durée de vie peu prévisible, on le sait.
- si l'on transcrit textuellement le contenu des témoignages
- faire signer un droit à l'image pour toutes les personnes interrogées pour pouvoir ensuite diffuser librement ces enregistrements
- décider si l'on met en place dans un lieu des outils de lecture des supports enregistrés : borne interactive accessible au public, diffusion sur un site internet ...
- faire une campagne de communication explicite délimitant bien la démarche, pour ne pas être submergés le même jour par tous les volontaires...
Ci-dessous : le bordereau de saisie proposé pour l'enregistrement de traditions orales dans des villages africains. Le bordereau a été présenté lors de la 65e conférence de l'IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) à Bangkok en 1999. (www.ifla.org)
Je ne sais pas à quoi correspondent les codes utilisés...
"PROPOSITION D'UN FORMAT DOCUMENTAIRE DESTINE AU TRAITEMENT DE SUPPORTS DE TRADITIONS ORALES EN PARTICULIER LES RECITS DE FONDATION DE VILLAGE"


Motivations et potentiel d'un projet de collecte :
Les points à définir sont nombreux. Le potentiel est énorme et la demande est presque pressante. Lors de journées portes ouvertes surtout, les visiteurs racontaient leur quotidien, étaient intarissables sur leur vie "à l'époque", c'était vraiment enrichissant, et cela m'a donné envie d'enregistrer toutes ces petites tranches de vie.
J'entends souvent qu'"il faut se dépêcher d'interviewer les gens avant qu'ils ne meurent, on est dans l'urgence maintenant". Certes, mais cela ne doit pas nous faire oublier la démarche scientifique et les moyens humains et financiers requis.
Je souhaiterais avoir des retours d'expérience de ceux d'entre vous qui ont déjà mené un tel projet de collecte de mémoire orale. Cela me permettrait de ne pas partir de zéro dans ma réflexion.
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