Le contresens de l'histoire à travers les textes
De retour après une longue période de révisions, heureusement couronnée de succès, je reviens alimenter mon blog.Pour ce nouvel article post concours, je ne peux pas m'empêcher de vous rapporter un événement de mon week-end qui m'a laissée sans voix ...
Ce 10 mai, avaient lieu les commémorations de l'abolition de l'esclavage.
Or, ce jour-là, je me trouvais sur la place de la Comédie à Montpellier en train de siroter tranquillement un café, quand un groupe de manifestants commémorant l'événement est arrivé.
A sa tête, un orateur, qui, après avoir rappelé le rôle regrettable de la France dans la traite négrière, a pensé bon de rappeler que même les philosophes des Lumières avaient cautionné l'esclavage (?!!). Bizarre...!
Pour appuyer son argumentaire, l'orateur a dégainé le fameux texte de Montesquieu issu De l’esprit des lois qui pousse à l'extrême l'argumentaire des partisans de l'esclavage, le tournant au ridicule.
Ce texte est largement étudié dans les lycées, en tant qu'emblème de la critique de l'esclavage par les philosophes des Lumières.
Il se termine ainsi:
"(...) Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?"
L'orateur a largement insisté sur le caractère inacceptable du texte, insultant, cautionnant l'esclavage...
Il est vraiment regrettable que le texte de Montesquieu, qui est à prendre au second degré, serve de justificatif à un argumentaire douteux...
Il m'est apparu qu'il est facile de faire dire tout et son contraire à un texte quand il est sorti de son contexte.
Pour l'événement que je viens de relater, soit l'orateur a sciemment utilisé le texte à contresens, soit il l'a compris au premier degré, et dans ce cas, je comprends donc qu'il ait pu en être choqué.
Alors qu'on s'interroge de plus en plus sur l'utilité de l'Ecole, qu'on remet en cause l'enseignement des matières les moins "utiles" (philosophie, latin et lettres ...), ce genre de méconnaissance du sens de l'histoire nous rappelle à quel point il est important de maintenir dans les programmes ces matières qui élèvent l'esprit.
Sinon, la construction et la transmission de l'histoire risquent de prendre des chemins cahotiques et inattendus !
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