DAF/RGPP/Commission Balladur/LOLF/privatisation ... l'Etat, une future entreprise ??
Peut-on gérer l'État comme une entreprise? http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/08/31/peut-on-gerer-l-etat-comme-une-entreprise_1233527_3232.html
Depuis maintenant plusieurs décennies, surtout depuis l'avènement de l'idéologie néo-libérale, après la fin des trente glorieuses et la crise pétrolière de 1974, on dit qu'il faut moderniser l'Etat. L'Etat-Providence s'épuisant face à la crise et à la mutation de l'économie, l'idée qu'il était mal géré s'est développée, en même temps que l'image de l'entreprise se revalorisait. Dans les milieux patronaux ou gestionnaires entre-autres, l'entreprise s'impose comme modèle de gestion.
Avec l'accession au pouvoir de chefs d'entreprises comme Berlusconi, le pas est franchi : on va gérer l'Etat comme une entreprise. Toutefois, la réussite des chefs d'entreprises en politique est plutôt rare. Nicolas Sarkozy a manifestement ce modèle en tête, avec les rapports sociaux que cela implique : il commande, on obéit !
Le principe d'efficacité des entreprises repose sur le fait que leurs décisions ne prennent en compte que leur intérêt propre : c'est la condition de leur performance, de leur succès et de leur survie.
Les entreprises sont des "entités individuelles" parce que leur réussite, leur performance et leur survie dépendent de leur capacité à mettre en oeuvre, en production, les éléments judicieusement choisis dans l'environnement. Les entreprises prennent les éléments qui les intéressent, qui leur sont utiles, et laissent les autres en dehors d'elles, ne s'en occupent pas, ne s'en chargent pas. Toute charge inutile grève leur performance.
La performance des entreprises tient à la bonne sélection des éléments qui leur sont utiles à leur mise en oeuvre judicieuse et productive. Ces éléments sont aussi bien : l'objet de leur production, le capital, l'insertion dans le marché, les effectifs embauchés, etc...
Cette performance tient donc à la non-prise en charge des éléments qui ne leur sont pas utiles.
Cette sélection individuelle des éléments de production et leur mise en oeuvre particulière est une source infinie d'innovation dont les autres entreprises vont pouvoir s'inspirer : elle est à la base du dynamisme économique.
Les entreprises sont concurrentes entre-elles, leurs performances ne sont donc pas déterminantes en soi, mais en comparaison avec celles des autres entreprises, et bien sûr, pas seulement nationales.
L'Etat, lui, doit assumer le "tout", c'est en cela qu'il est un Etat. Il ne peut rien rejeter "en dehors" de lui. L'Etat doit assumer tout son environnement, il n'a pas d'"en dehors". Si on le faisait fonctionner comme une entreprise, il sélectionnerait les éléments qui lui sont utiles..., mais il devrait aussi prendre en charge les éléments qu'il n'aurait pas sélectionné, contrairement aux entreprises.
Si l'on demandait aux entreprises d'assumer le "tout", elles y perdraient leur efficacité.
Si l'Etat n'assume pas le "tout", il ne remplit pas sa fonction d'Etat.
Aussi importantes soient-elles, les entreprises demeurent des entités individuelles : elles n'assument pas la responsabilité du "tout".
Aussi petits soient-ils, les Etats demeurent des entités collectives : ils assument la responsabilité du "tout".
C'est là, la différence fondamentale entre l'Etat et l'entreprise.
Gérer l'Etat comme une entreprise est donc une aberration, et ne peut être accompli qu'en trompe-l'oeil, sauf à l'asservir à une catégorie de citoyens particulière, oligarchie ou autres...