Présentation du blog

Cyber@rchiviste, le blog d'une archiviste-documentaliste, qui aime son métier, et désire le faire connaître pour dépasser les clichés encore, parfois, coriaces !

Je souhaite également partager mes réflexions  en tous genres avec la communauté virtuelle, réflexions qui ne se limitent pas à la sphère archivistique.

Bienvenue !

Profil

  • Cyber@rchiviste
  • Le blog de cyberarchiviste
  • Archiviste-documentaliste et auteur, je suis également passionnée par le patrimoine industriel.

Présentation

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Lectures...

* =bof/*****=super !

Arto Paasilinna, Le meunier hurlant *****
Arto Paasilinna, Les Dix Femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi ****
Bruno Delmas, La société sans mémoire ****
Alain Brossat, Le grand dégoût culturel *****
Jean-Pierre Jeudy, La machinerie patrimoniale ****
Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ? ***
Anna Arendt, La crise de la culture ****

Marc Bélit, Le malaise de la culture : essai sur la crise du "modèle culturel" français ***

Claude Mollard, L'ingénierie culturelle **
Aurélie Filippetti, Les derniers jours de la classe ouvrière ***
Michel Houellebecq, Plateforme *****
Baynac, Cohn-Bendit, Ferry, Mai 68 : le débat  ***
Fred Vargas, Sous les vents de Neptune *****
Fred Vargas, L'homme aux cercles bleus *****
Fred Vargas, Un peu plus loin sur la droite ****

Justine Levy, Mauvaise fille ***** (bouleversant)

Elise Fischer, Le soleil des mineurs  *

Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 17:35

Un petit article de méthode archivistique de temps en temps ne fait pas de mal.

http://geneinfos.typepad.fr/.a/6a00d83534858069e20147e28184fc970b-500wi

Vous vous débattez avec vos dossiers courants et ne savez pas comment éviter l'implosion ? 

 

Une solution simple : le plan de classement.


Cela consiste à établir une arborescence de vos dossiers en fonction de vos missions et fonctions.


Par exemple, vous êtes secrétaire de mairie, vous gérez donc des missions dans des domaines très variés.

Urbanisme, environnement, population, police, état-civil, service technique etc.

 

En fonction de ces compétences, vous réalisez une arborescence de vos dossiers courants appelée "plan de classement", un peu à la manière des dossiers informatiques contenant des sous-dossiers et des fichiers.

 

Une fois ce plan de classement établi, vous attribuez un numéro à chaque rubrique et sous-rubrique.

 

Exemple (à adapter en fonction de vos missions).

1. Population

1.1 Etat-civil

1.2 Recensement etc.

 

2. Voirie et urbanisme

2.1 Entretien

2.2 Investissement

2.3 Mobilier urbain etc.

2.4 Cadastre

 

Pour les communes, il est utile de se référer au cadre de classement des archives communales, qui définit le mode de classement des archives historiques des communes. Toutes les archives des communes de France devraient être archivées en se référant à ce cadre de classement. Le cadre de classement a une valeur juridique, identique et applicable à toutes les archives communales françaises. En revanche, le plan de classement est une adaptation de chacun, qui n'a pas de valeur légale mais qui permet de faciliter le classement au quotidien de vos dossiers avant de les verser définitivement aux archives, où les archives seront classées grâce au cadre de classement des archives communales.

 

 

Pour la gestion physique de vos dossiers courants, vous pouvez utiliser des dossiers suspendus ou un grand meuble à casiers qui pemettent de matérialiser le plan de classement.

Sur ces dossiers suspendus ou sur ces casiers, vous notez la rubrique ou sous-rubrique de classement. Cette organisation vous permettra de ranger au quotidien vos dossiers pour les retrouver et faciliter ensuite la préparation de leur versement aux archives.

 

Pour une entreprise, vous pouvez procéder de la même manière.

Certes, il n'existe pas de cadre de classement comme pour des archives publiques, mais vous pouvez élaborer un plan de classement, en fonction des activités de l'entreprise (administration générale, comptabilité, production, commercialisation, immobilier, personnel, communication...).

Vous matérialisez ensuite ce plan de classement dans votre bureau, comme indiqué ci-dessus dans le cas d'archives communales. 


Ce plan de classement peut aussi être utilisé pour le classement des documents d'entreprise qui sont versés aux archives.

 

Il est aussi conseillé d'utiliser la même arborescence pour la gestion des dossiers papiers et des dossiers informatiques. Ainsi, vous arriverez mieux à faire le lien entre le papier et vos fichiers informatiques. Pour cela, vous créer autant de dossiers et de sous-dossiers qu'il y a de rubriques dans votre plan de classement pour les archives papier, et hop, le tour est joué !


 

Dans le cas des archives communales et d'entreprise, il peut aussi être utile de réaliser un tableau de gestion, aussi appelé calendrier de conservation, pour définir combien de temps tel type de document (comptable, administrative, technique, ...) doit être conservé définitivement ou éliminé. Le tableau de gestion peut aussi définir au bout de combien de temps un dossier n'est plus utile pour les affaires courantes, et devient des archives intermédiaires qui peuvent être versées aux archives, en attendant de définir leur sort final (conservation définitive ou élimination).
Exemple : factures courantes, éliminables au bout tant d'années, pouvant être versées aux archives, après telle durée... etc.


Ces durées doivent être définies par chacun en fonction de ses pratiques quotidiennes. Toutefois, dans les codes (du patrimoine, des impôts, des collectivités territoriales), il existe des préconisations en matière de durée de conservation des documents, ou des lois qui indiquent au bout de combien de temps, il est encore nécessaire de présenter un document pour être en mesure de régler une affaire (impôts, contrôle fiscal, assurance...).

 

Enfin, je vous conseille de lire le module de formation sur le site du PIAF (Portail international d'archivistique francophone). Module 4, Gestion des documents actifs, traitement des archives courantes.

Il concerne surtout les archives publiques mais peut aussi être adapté par chacun à la gestion d'archives courantes privées (d'entreprise, d'association, personnelles...).

 

Voilà, j'ai fini mon petit article-mémo sur la gestion de ses archives courantes. Il n'a pas de valeur légale bien sûr et ne prétend pas être LA solution mais il synthétise mes pratiques. Je procède ainsi professionnellement et ça fonctionne très bien !

 

Et n'oubliez pas qu'un dossier qui vient d'être créé dans votre bureau devient immédiatement une archive, puisque ce n'est pas l'âge qui compte mais bien qui a produit le dossier ! 

 

Bonne gestion de vos archives !

 




 


Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 19:42

MegaUpload : la casse aux trésors

Un article qui se passe de commentaire, très intéressant sur les dégats collatéraux de la fermeture de MegaUpload...


par Sophian Fanen

 

Lien de l'article original :

http://www.ecrans.fr/MegaUpload-le-mega-drame-culturel,13928.html

 

Le bandeau annonçant la fermeture de la Caverne des introuvables. DR


 

Comment va-t-on se souvenir de ce moment dans quelques années ? La grande catastrophe ? La grande glaciation ? Depuis la fermeture de MegaUpload, jeudi dernier, suivi depuis quelques jours par la débandade de nombreux services similaires (FileServe, FileSonic...), les liens morts gisent par dizaines de milliers dans les blogs du monde entier.

On ne va pas pleurer ici la discographie complète de Lady Gaga, qui refera de toute façon surface et appartient à un autre débat.

Mais combien d’albums de rock psychédélique japonais, tirés à 30 exemplaires en vinyle et un jour numérisés par quelques fans avec pour seule envie de faire partager leur passion ?

 

Combien de VHS récupérées au fond d’un vidéo club en liquidation ou dans un vide-grenier de banlieue, des films de seconde zone sauvés de l’oubli pour le meilleur ou pour le pire et archivés en ligne via les serveurs de MegaUpload et compagnie ?

Au-delà des questions juridiques, politiques ou économiques, c’est un vaste pan de la mémoire culturelle internationale depuis longtemps délaissé par les éditeurs qui a été déconnecté et dort aujourd’hui dans des serveurs inanimés.

 

Un travail de conservation jusqu’ici plutôt respecté par les ayants droit, les blogs de raretés n’étant peu ou pas visés par des procédures judiciaires dans le monde.


Il a fallu quelques jours pour que chacun fasse le point sur les dégâts et sèche ses larmes. Puis on a commencé à voir les blogs réagir, de façon diverse.

 

Chez Smutshake Cupcake.

 

« Oui, j’utilisais MegaUpload. Non, je n’ai pas prévu de ré-uploader quoi que ce soit », lâche celui qui se fait appeler Tabayo Yatukishi sur Smutshake Cupcake, sous un logo montrant un homme en train de se faire sepuku. Yatukishi postait sur ce blog (et sur d’autres) des disques de pop ou de rock asiatique introuvables dans le commerce en France et bien souvent absents des sites de streaming légaux. Ses archives restent en ligne, mais les liens de téléchargement sont pour beaucoup brisés aujourd’hui.


« Ici gît Holyfuckingshit40000, affiche pour sa part Tolkkii sur son blog, qu’il a carrément vidé de tout son contenu. Ma plus sincère gratitude à tous ceux qui ont contribué à cet âge d’or du partage de musique. On en a bien profité quand même, non ? »


Chez Prog Mundo, un blog mexicain spécialisé dans le rock progressif de tous horizons, c’est « au moins 500 disques qui ont disparu » et qui ne seront pas tous repostés. Chez Mutant Sounds, site de référence pour tous les amateurs de raretés expérimentales (psychobilly italien en vinyle, electro américaine uniquement publiée en cassette dans les années 1980...), la colère est affichée, quitte à oublier de réfléchir sur le système MegaUpload.

 

Chez Holyfuckingshit40000

 

« Maintenant que les méchants corporatistes de notre “ministère de la Justice” ont jugé bon de nous punir en détruisant MegaUpload (et avec lui de larges pans du contenu de ce blog, y compris des centaines de titres des débuts de Mutant Sounds qui avaient récemment été ré-uploadés sur MegaUpload), je m’arrête afin de faire le point sur la meilleure façon de sauver notre contenu. »


Parmi les blogs de cinéma, la fermeture la plus remarquée cette semaine est celle de la Caverne des introuvables, véritable mine spécialisée qui revendiquait la « centralisation participative de films hors commerce, rares ou épuisés », promettant de les retirer de ses pages en cas de réédition.


Au-delà de la « simple » fermeture de MegaUpload, son cas révèle une crispation mêlée de peur dans le milieu des blogs de partage responsable. Acromega, le tenancier de la Caverne, explique ainsi à Ecrans.fr que c’est « un contexte général défavorable » qui l’a poussé à mettre la clé sous la porte et à supprimer ses archives.  

 

« Un ami plutôt bien informé m’a prévenu qu’il était possible que le gouvernement fasse quelques coups d’éclat avant les élections, pour profiter de l’effet médiatique de la fermeture des serveurs et prouver l’utilité d’Hadopi. Comme la politique française en matière de partage va peut être changer radicalement d’ici moins de 100 jours, nous n’avons pas envie de servir de cible de dernière minute et faire la promo de Sarko. [...] Je n’ai pas de tristesse vis-à-vis de la disparition de MegaUpload, c’est un monstre engendré par les premières lois anti-partage. C’était une entreprise purement commerciale visant à remplacer le système gratuit peer-to-peer qui avait été mis en cause. »


Le choc n’est pas moindre parmi les habitués des blogs underground. Davidfromlille fréquentait régulièrement My Duck is Dead, un site dédié au cinéma bis, peuplé de Blood of Fu Manchu et autre Colossus of New York, mais aussi de vintage érotique. Tous les films, documentés et proprement archivés, y étaient conservés sur FileSonic et sont donc désormais perdus jusqu’à nouvel ordre...


« Je venais y découvrir un cinéma d’exploitation qui n’est pas distribué par les éditeurs français (je peux le comprendre), nous explique-t-il aujourd’hui. [Ce cinéma] n’intéresse pas les chaînes de télévision, à part le cinéma trash qui passait sur Arte en troisième partie de soirée ! Sur My Duck is Dead, j’ai découvert des films incroyables de toutes les nationalités, des petits chef-d’œuvres injustement tombés dans l’oubli, des réalisateurs comme Amando de Ossorio, Jean Rollin, Jess Franco, Enzo G. Castellari, etc. Tout ces films qui ont connu l’age d’or de la VHS... ».


Une fois passé l’anéantissement, que faire aujourd’hui ? Certains blogs ont tout simplement fermé, d’autres ont commencé à reposter sur MediaFire sans trop y croire. « On repartira encore de zéro si MediaFire et les autres services sont fermés dans une semaine ou un an », prévient Tore Stemland, un Norvégien qui postait sur Paranoia is Freedom des chansons avec l’autorisation des artistes et maisons de disques : démos offertes, albums en libre accès, etc.  

 

« En faisant ce travail, j’ai l’impression de faire partie d’un grand mouvement de défense de la musique comme une composante de la liberté d’expression face à des actions anti-piratage organisées comme une bonne vieille chasse à l’homme de cow-boys : on tire d’abord, on pose les questions ensuite. Dans ce combat, j’espère que mes fichiers me survivront. Mais face à toute cette censure sur Internet, mes espoirs s’amenuisent de jour en jour. »


Reste la solution du retour au peer-to-peer, par principe communautaire et indestructible, mais qui a un défaut majeur pour des œuvres méconnues et donc peu partagées : il faut souvent attendre des jours entiers avant que les deux personnes dans le monde qui possèdent le film ou le disque convoité se connectent. Pour des fichiers rares, le direct download a l’indéniable avantage de rendre toutes les œuvres égales en terme de disponibilité. Mais son âge d’or semble bel et bien terminé.


En France, alors que le débat sur l’Hadopi est relancé en pleine campagne présidentielle, Acromega, de la Caverne des introuvables, souhaite « une licence globale qui profite aux artistes et permet le partage, qui est l’une des fonctions essentielles de l’Internet qu’on aura bien du mal à stopper à coup de législations techniquement absurdes, coûteuses et inefficaces ». Davidfromlille parle quant à lui d’un « hébergeur privé (avec un abonnement raisonnable), quelque chose de plus confidentiel qui ne fait de tort à personne. Peut-être un système comme le torrent mais en plus confidentiel, reservé à une communauté de passionnés. »


Voilà le risque principal désormais : que les diverses communautés de passionnés, que ce soit de films de vampires lesbiens ou de pop sixties d’Asie du Sud-Est, se replient dans des newsgroups fermés alors que les dix dernières années avaient imposé à la musique en ligne un esprit partageur, à la disposition de tous les curieux de passage.

 

Un processus qui est parfaitement décrit par le critique britannique Simon Reynolds, dans un passionnant ouvrage à paraître en France : Retromania. « Par le passé, être collectionneur revenait à dire : “Je veux mettre la main sur quelque chose que personne d’autre ne possède.” À l’heure de l’essor des blogs sharity [les blogs de partage de raretés, ndlr], le discours est devenu le suivant : “Je viens de mettre la main sur quelque chose que personne d’autre ne possède, et je vais sur-le-champ la rendre disponible pour TOUT LE MONDE.” »


Les mois qui viennent diront si cet esprit peut continuer à exister durablement sur Internet, ou si le combat d’une industrie pour protéger ses productions ultra rentables se fera au détriment d’une partie de la mémoire collective.

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : L'actu des T.I.C.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 19:09

http://astrakoop.free.fr/lille/ind-011.jpgBon allez, je dois vous l'avouer, je suis passée du côté obscur de la force patrimoniale. Celui des musées !

Je ne suis plus principalement archiviste depuis quelques jours mais l'amour du métier reste bien là rassurez-vous !

Désormais chargée du pôle culturel d'un musée, je fais tous les métiers du patrimoine et j'adore (gestion des collections, médiation culturelle, réflexion sur le patrimoine bâti, expositions temporaires, documentation, archives, service pédagogique...).

Et je suis confrontée à un premier problème auquel je ne m'attendais plus... l'archivage électronique. Ce soir, j'ai ouvert le serveur informatique du musée et j'ai été horrifiée. J'ai jamais vu un tel foutoir numérique. L'informaticien que j'avais en face de moi pour dompter Outlook qui se rebellait m'a fait part de son désespoir...

Arborescence, nommage, nettoyage, droits d'accès sont des choses que personne n'a voulu comprendre quand il a essayé de s'y attaquer.
Alors Bibi va essayer. Patience, diplomatie, pédagogie, ingéniosité, rigueur... les qualités de l'archiviste vont encore me servir.

 

J'ai déjà ma ptite idée :

Arborescence >>> check

Nettoyage >>> check

Classement >>> check

Procédures >>> check


Nous aurons même le luxe d'avoir un dossier destiné à relayer des informations transversales à tous les services, wow ! ça s'appelle basiquement la communication interne, mais les services occupés par les activités quotidiennes n'ont pas toujours le temps d'y réfléchir.

 

En fait l'archivage au contact du terrain c'est vachement bien, être proche des utilisateurs de l'information et des documents, ça me manquait, j'adore ! Et quand ça porte ses fruits rapidement c'est encore mieux. Je vous ferai part de mes expériences...

 

Mais bon, retournons à nos moutons muséographiques, il faut aussi faire tourner le musée. On va classer les visiteurs par nationalité, âge, métiers, etc. les enfants par niveaux scolaires, les documents par objets muséographiques, les sandwiches par ingrédients, les trains par époques ...


Finalement, le classement, c'est un truc qu'on garde dans la peau et mine de rien, ça structure bien l'esprit !!

 

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Patrimoine et culture
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 17:34

P6240402_petit.JPG La prise de conscience de l'importance des archives du monde du travail en France remonte à 1949 lorsque Charles Braibant, directeur des Archives de France, décide de la création d'une "Section des archives privées et économiques et du microfilm" au sein des Archives nationales.


Cette section est chargée de recueillir les archives d'entreprises, de les classer et de les rendre utilisables par les chercheurs. Le premier conservateur en est Bertrand Gille, historien de l'économie et des techniques (lien vers le site des Archives nationales du monde du travail évoquant les origines de l'intérêt pour les archives économiques).


Cette politique est concrétisée par l'inauguration d'un premier "Centre des archives du monde du travail" à Roubaix en 1993. Il devait être suivi par la construction de plusieurs autres centres répartis dans le pays, mais fut finalement le seul construit.

Depuis 2007, le CAMT, dénommé désormais Archives nationales du monde du travail, est devenu officiellement le seul site à vocation nationale dédié aux archives d'entreprises.

 

Alors, quelle est la place consacrée aujourd'hui en France par les politiques culturelles aux archives économiques / du monde du travail / d'entreprises ?

 

Les Archives départementales au niveau local ou les Archives nationales du monde du travail sont devenues un relais dynamique et efficace pour la collecte d'archives économiques. La politique de collecte dépend évidemment des orientations voulues par la Direction de ces services mais dans l'ensemble, la prise de conscience est grandissante.

 

Juridiquement, les Archives départementales et les Archives nationales du monde du travail sont le seul relais pérenne lors de la liquidation d'une entreprise. Elles doivent être tenues au courant de la liquidation d'une entreprise et peuvent ainsi aller recueillir ou revendiquer lors d'une vente publique, les documents qui intéressent l'histoire économique locale ou nationale (Conseil d'administration, techniques de production, plans techniques et immobiliers, dossiers de la Direction générale, Comité d'entreprise...).


Les Archives départementales peuvent également élaborer des conventions avec les entreprises en liquidation. Ces conventions peuvent permettre de transmettre la gestion aux Archives départementales, contre le paiement d'une somme déterminée, des archives courantes ou intermédaires qui ont encore une utilité administrative, lors et après la liquidation d'une entreprise (archives financières et comptables, archives du personnel, archives immobilières ...).


Dans le cas des entreprises publiques en liquidation (EPIC par exemple), les archives doivent légalement être transférées à un service d'archives public, car ce sont des archives publiques qui par essence sont inaliénables et imprescriptibles. Elles ne peuvent pas être vendues ou cédées indéfiniment à un archiveur privé ou à des collectionneurs.


Les Archives nationales du monde du travail sont le principal interlocuteur pour les entreprises publiques nationales en activité ou en liquidation qui versent, si elles le souhaitent, leurs archives dans ce service. La plupart des grandes entreprises publiques françaises (Banque de France, EDF, La Poste, SNCF, ...)  étant dotées d'un service d'archives, la collecte demeure interne et les archives sont gérées par l'entreprise. Dans le cas de Charbonnages de France, en liquidation depuis 2008, les archives historiques et intermédiaires du siège parisien ont été transférées aux Archives nationales du monde du travail. Les archives des entreprises des différents bassins (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Centre-Midi...) ont été transférées dans des services d'archives départementaux.

 

La Moselle a reçu fin 2007 le transfert de près de 10 kilomètres linéaires d'archives publiques riches et complètes des Houillères du bassin de Lorraine. Ces documents sont restés stockés dans un grand bâtiment de près de 3000 mètres carrés situé à Saint-Avold (à 50 km à l'est de Metz), devenu depuis l'annexe des archives départementales de la Moselle.

Les origines de l'exploitation du charbon remontent au début du XIXe siècle en Moselle, ce qui a donné naissance à un fonds d'archives très fourni et intéressant de nombreux domaines de recherche (histoire économique, histoire des techniques, sociologie, architecture, généalogie, ...). Le fonds est connu localement et reconnu à l'échelle nationale, ce qui permet de brasser des lecteurs d'horizons très variés.


De plus, depuis août 2011, la vocation industrielle de cette annexe a été consolidée. Le service a été rebaptisé "Centre des archives industrielles et techniques de la Moselle" (CAITM) et, un peu à la manière du CAMT, devenu un service à vocation nationale, le CAITM est désormais destiné à recevoir les archives économiques / d'entreprises / du monde du travail de tout le département et non plus seulement du seul charbon. Lien vers le site internet du service.


La Moselle a été un département fortement industrialisé. Mines de fer, sidérurgie, verre, sel, chaussure, charbon, chimie, ... ont été à l'origine du développement économique du département et il est presque devenu évident, qu'à la suite du transfert des archives du charbon mosellan, cette grande annexe des archives départementales devait s'élargir aux autres industries. C'est désormais chose faite. Le service va s'appliquer à collecter à partir de 2012 les sources du monde du travail du département, à commencer par les archives d'entreprises déjà conservées dans les magasins des archives départementales de la Moselle situés sur les hauteur de Metz (sidérugie, mines de fer, syndicats...).


Alors, voilà une note positive dans ce contexte économique morose, qui voit de nombreuses entreprises disparaître. Un nouveau service d'archives d'entreprise est né, on peut considérer que c'est le second en France, et ça c'est rassurant en ces temps de morosité et de budgets culturels rigoureux.


Ainsi, grâce au travail de nombreux archivistes sur le territoire national (archivistes des collectivités, archivistes d'entreprises, archivistes des archives nationales...), les sources de l'histoire économique devraient être en partie sauvegardées. En partie seulement car il ne faut pas être naïf, l'archiviste ne peut pas être partout et faire barrage aux éliminations d'archives historiques d'entreprises pourtant fondamentales pour l'histoire locale et nationale.

 

Les archivistes des collectivités doivent ainsi s'ouvrir à d'autres sources que les archives purement administratives, mais finalement, avec un peu de curiosité et de formation, cela n'est pas bien difficile.

Je trouve personnellement que les archives du monde du travail sont tout autant, voire davantage attachantes que les archives administratives, car elles touchent l'individu dans son travail, ce qui occupe finalement le plus de temps dans une vie !

 

Alors pour conclure, vive les archives du monde du travail !

Soignons-les, ne les négligeons pas, restons à l'affut, allons les chercher, ne les collectons pas aveuglément mais avec discernement, et puis, convainquons les décideurs, que c'est aussi une part de l'histoire de la société.

 

I-c-0490.jpg

 

Deux mineurs forant un trou avec l'aide d'une turbine à air comprimé et d'un fleuret au charbon en taille 5 au puits Faulquemont

John CRAVEN, 1951-1952

Arch. dép. de la Moselle (Centre des archives industrielles et techniques), réf. C 490.




Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 17:28

vouters-Horloge-couloir-copie-1.JPGL'exercice est périlleux, parfois dangereux : l'exploration industrielle. On n'est jamais à l'abri d'un plancher pourri qui rompt sous vos pieds ou d'une poutre qui vous assomme. Certaines personnes spécialisées dans ce domaine savent en déjouer les pièges.


Galeries de mines abandonnées, manufactures textiles, usines sidérurgiques, hangars, hauts-fourneaux ... Ce sont les vestiges de la France de la Révolution industrielle, et des deux siècles qui l'ont suivie. Ces bâtiments, quand ils sont encore debout, laissent encore entrevoir l'agitation des ouvriers et entendre le brouhaha des machines.


Certains d'entre vous diront que ce sont des lieux lugubres, glauques, qu'il faut faire disparaître car ils sont sans intérêt, "moches", coûtent cher à la collectivité et n'ont plus aucune utilité.


D'autres diront qu'ils y ont travaillé, qu'ils sont très déçus de l'arrêt de ces usines, et qu'il faut donc les détruire le plus vite possible pour oublier les traces de cette déchéance.


Enfin, les plus passionnés, se battront pour garder ces bâtiments debout. Pour eux, ce sont les témoins d'une belle épopée industrielle, chargés d'une ambiance particulière et dotés d'une architecture originale et belle. Je pense faire partie de cette troisième catégorie de personnes même si, j'émets des réserves sur "le tout conserver", car nous savons, professionnels de la conservation du patrimoine, que les coûts de la conservation de ces bâtiments sont difficiles à justifier auprès des décideurs et des financeurs.


Mais rien de mieux que de rendre compte d'une exploration industrielle pour comprendre cet attachement au patrimoine industriel.

 

Cette exploration décrite ci-dessous a lieu dans les bains-douches d'une ancienne mine de charbon. J'ai servi de guide à des photographes amateurs qui préparent actuellement une exposition sur les grands nauffrages industriels d'une région qui n'a pas besoin d'être citée, vous devinerez de laquelle il s'agit. Nous sommes restés 1h30 dans ce bâtiment.


Exploration industrielle n°1 : la mine - bains-douches - lampisterie - bureaux

Le bâtiment est situé sur l'ancien carreau d'une mine de charbon.  Il n'est plus utilisé depuis 5 ans environ.

Il est construit en briques, en longueur, il n'est pas haut, n'a qu'un étage. Seul le bâtiment de la direction, le domine, avec ses 3 ou 4 étages, collé contre lui, à l'entrée du carreau. 


Il est écrit en rouge, sur toutes les portes : "défense d'entrer, zone dangereuse". Nous demandons au gardien du site si nous pouvons visiter le bâtiment. Celui-ci nous indique discrètement qu'il suffit de pousser n'importe quelle porte et qu'elles sont toutes ouvertes. 

 

Alors nous poussons la porte du bâtiment de la Direction, elle s'ouvre avec un peu de résistance. A l'intérieur, il fait assez clair, nous n'avons pas besoin de lumière pour savoir où nous mettons les pieds.

Je monte quelques marches. En face de moi se trouvent deux ou trois bureaux abandonnés. Le mobilier est encore à l'intérieur, intact. Il y a même des stores aux fenêtres. Les murs sont propres, ils ne sont pas tagués. Pas de traces de vandalisme. Des documents trainent encore sur les meubles, rien d'extraordinaire pour l'archiviste. 


Un long couloir s'ouvre à notre droite. Il est dans l'obscurité mais est éclairé, ponctuellement par les pièces qu'il dessert. Je marche quelques mètres. Une grande pièce s'ouvre à ma droite. Le faux-sol constitué de plaques a été partiellement retiré. On y voit un amas de câbles en partie coupés et dénudés. Aux murs, il y a des emplacements carrés, vides, découpés dans le bois, ils ont du contenir des écrans.


Au milieu de la pièce, un grand meuble décrivant un arc de cercle semble avoir été un module de contrôle. On n'y devine plus que des ouvertures dans le bois qui ont du contenir des appareils électroniques : nous sommes dans la salle du télévigile. Le télévigile, doit veiller à la sécurité des mineurs et à la bonne marche des installations du fond, grâce à des outils de mesure situés au fond de la mine, réliés au jour à la salle du télévigile.


Cette pièce est en quelque sorte le cerveau de la mine. L'endroit où toutes les données sont traitées pour que l'exploitation fonctionne au mieux, en toute sécurité. Mais il ne reste plus rien de cette installation, hormis un tableau au mur, schématisant l'organisation des infrastructures au fond (aérage, pompage, surveillance de l'atmosphère) dans lequel on devine la présence d'ampoules, qui devaient clignoter et rougir en cas d'anomalie. C'est un peu comme le repère de HAL 9000 qui était le garant du bon fonctionnement et de la sécurité de toute un système.

 

Je poursuis mon exploration. Je sors du télévigile et continue à avancer dans le long couloir. Deux portes en plastique très épais me barrent le passage. Je les pousse, elles m'opposent beaucoup de résistance. Un panneau au-dessus d'elles indique "bains douche maîtrise". C'est l'endroit où se lavaient les agents de maîtrise en revenant du "fond".

Les murs du couloir sont carrelés en blanc, il reste quelques bancs à intervalles réguliers.  Au centre du couloir, un élément en ferronerie joliment travaillé laisse deviner en son centre une forme ronde, absente : l'horloge qui réglait le rythme du travail à la mine, le travail par postes. L'horloge n'est plus là, comme si quelqu'un avait voulu la faire disparaître, pour se venger du rythme qu'elle imposait aux mineurs ou pour garder en souvenir l'objet emblématique de cette vie de travail.

 

Avec mes compagnons d'exploration nous progressons dans le silence. L'émotion est palpable. Le lieu impose le respect. Nous n'avons pas été des travailleurs de la mine, mais nous pensons comprendre ce que cela fut. Les vestiaires ne sont qu'une infime partie des lieux dans lesquels évoluaient les mineurs mais ils ont de tout temps imposé le respect aux visiteurs. Quoi de plus emblématique que les bains-douches, aussi appelés pour partie "salle des pendus" ? Mes compagnons photographient avec parcimonie, le numérique n'empêche pas de réfléchir et de sentir ce que l'on voit. Et quelle sensation pour un photographe passionné par le patrimoine industriel. Je suis heureuse, grâce à ce travail photographique, qu'il reste quelque chose de ce lieu, destiné à être détruit semble-t-il.

 

douches-Vouters.JPGLe toit est situé à plus de 15 mètres de hauteur, éclairé par des vitres qui courent sur toute la longueur des bains-douches. A 10 mètres au-dessus de moi, tout un réseau de petits rails entremêlés quadrille la zone : ils étaient utilisés pour pendre les vêtements des mineurs au bout de chaînes.

On appelle communément cette zone, la "salle des pendus". Elle est divisée en compartiments. Le couloir blanc est percé de portes qui ouvrent sur ces grands compartiments désormais vides. Ceux-ci étaient équipés de bancs, sur lesquels s'asseyaient les mineurs pour se changer avant où après leur journée de travail.  Au-dessus de ces espaces étaient suspendus les vêtements. Il leur suffisait de retirer le cadenas sur la chaîne à laquelle étaient suspendus leurs vêtements et de les descendre.

 

salle-des-pendus-et-chaines.JPGDans la salle des pendus, il ne reste que quelques chaînes accrochées aux rails. Parallèlement au couloir, de l'autre coté des compartiments, éclairées par des fenêtres, se trouvent les douches, un nombre impressionnant de douches qui laissent imaginer combien de personnes pouvaient travailler ici. Elles sont placées en enfilade et ce qui est touchant, c'est qu'elles sont intactes. Les pommeaux de douche et la tuyauterie sont encore en place.

 

Les murs de l'ensemble des locaux sont encore couverts de messages au personnel : listes du personnel, avis au personnel sur les modifications des lignes de transport, affiches syndicales, charte d'engagement du personnel...

 

Dans un compartiment, gisent au sol des urnes en plastique portant le logo de l'entreprise. Elles ont du servir à la dernière élection des délégués du personnel.

 

Je poursuis mon exploration. Une nouvelle porte en plastique me barre la route. Une affiche dit "La lampisterie sera définitivement fermée à partir du 1er juin 2007". La lampisterie est l'endroit où les mineurs venaient chercher leur lampe avant la "descente" au fond de la mine.

 


Suite de l'exploration dans un prochain article !

 


 

 


 


Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Patrimoine et culture
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 18:05

http://4.bp.blogspot.com/_i-vxj-EB6H4/SWEGgve-9qI/AAAAAAAAAL4/de_OGVBObqM/s400/movie_xfiles.jpgCi-dessous un article que j'ai jugé intéressant de partager avec vous.

Cela correspond à mon état d'esprit actuel... je suis en pleine phase de revisionnage intensif de la série X-Files, qui a marqué les années 1990, une bonne série qui avait de quoi rendre paranoïaque !

 

 

Alors ... que disent les archives anglaises des OVNIS ? Mulder avait-il raison ? Et existe-t-il vraiment des dossiers classés "X" aux Etats-Unis ?

 

 

 

 

 

 

La Grande-Bretagne déclassifie 8 500 pages de documents sur les ovnis

LEMONDE.FR | 04.03.11 | 19h40  •  Mis à jour le 04.03.11 | 20h08

 

Les amateurs de paranormal vont pouvoir créer leur propre Wikileaks. Les archives britanniques ont rendu publiques plus de 8 500 pages de documents relatifs aux ovnis. Les rapports contenus dans ces trente-cinq imposants documents disponibles en ligne couvrent un vaste spectre de sujets, du témoignage aux documents diplomatiques.

On y apprend notamment que la Chambre des Lords a très sérieusement débattu de l'existence des soucoupes volantes en 1979. Un membre du Parlement avait à l'époque interpellé le président de la chambre au sujet de preuves irréfutables de passages d'ovnis en Grande Bretagne. L'intéressé lui avait répondu avec un flegme tout britannique qu'il "n'y avait rien pour convaincre le gouvernement de Sa Majesté de la moindre visite d'un vaisseau extraterrestre. [...] Il y a vraiment beaucoup de phénomènes étranges dans le ciel, et ils sont invariablement rapportés par des personnes tout à fait rationnelles. Mais il y a tout un éventail d'explications naturelles pour expliquer de tels phénomènes".


"GROUPE DE TRAVAIL DE LA SOUCOUPE VOLANTE"

Cette approche terre à terre n'a pas empêché le ministère de la défense britannique de créer, dans le plus grand secret, le Groupe de travail de la soucoupe volante, chargé d'enquêter sur les témoignages reçus (PDF - p. 197).

Mais les ufologues en herbe se délecteront surtout des nombreux témoignages que recèlent les documents déclassifiés : vague d'ovnis qui traverse le pays en 1978 (PDF - p. 108-138), enlèvement éventuel d'un Londonien par des extraterrestres (PDF - p. 106) ou encore une photo d'un avion militaire "suivi" par un mystérieux objet (PDF - p .151).

Même un célèbre canular se trouve consigné dans ces rapports. En 1967, l'armée, la police et les services secrets avaient été mobilisés après de multiples appels de témoins disant avoir vu six petites soucoupes qui formaient une parfaite ligne droite dans le sud du pays (PDF - p. 309). Toutes, en fait, installées par des élèves ingénieurs.

Le professeur David Clarke, devenu consultant pour les archives nationales, a longtemps demandé la déclassification de ces documents : "Dans des centaines d'années, on regardera ces documents pour mieux comprendre quel genre de personnes nous étions, et ce en quoi nous voulions croire."


Le Monde.fr

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Lu/vu à l'étranger
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 18:16

C'ecrue-1910_hd.jpgst un vieux et solide bâtiment en béton, des "pieds", à la "tête", une de ces constructions d'après-guerre bâtie avec soin, comme s'il fallait encore qu'elle résiste à un bombardement. Même le toit est en béton bien épais, avec une forme bombée, he oui, le toit-terrasse n'était heureusement pas encore à la mode !

 

Dans ce bâtiment solidement ancré au sol, point de charpente en bois ni de systèmes de climatisation ingérables, pas de canalisations en ballade dans les faux- plafonds, tout semble sous contrôle.

Le sol est surélevé de près de deux mètres, ce qui évite aux archives de risquer de se retrouver les pieds dans l'eau en cas d'innondations. Le ruisseau le plus proche est à près de 20 mètres sous le niveau du sol.


Mais, mais, mais... l'eau est tout de même bien là, partout. C'est une visiteuse bien discrète mais si dangereuse ...

Le béton du toit et son isolant sont devenus poreux, après 65 ans de vie. L'eau s'imisce le long des murs, rampe sur le sol, suinte par les fenêtres, remonte par les canalisations, est attirée irrémédiablement par les planchers en bois des rayonnages mobiles, traverse le béton fatigué du toit, et s'approche dangereusement des archives.

Parfois, l'eau les effraie en effleurant leurs conditionnements : quelques gouttes d'eau sur une cassette vidéo, de petites éclaboussures sur la tranche d'une boîte... Cela n'a jamais vraiment de conséquences graves mais qu'il est usant de toujours devoir surveiller ces goutelettes assassines !

 

Pire, les descentes des gouttières passent à l'intérieur du bâtiment et s'évacuent dans des regards situés à quelques dizaines de centimètres des boîtes d'archives les plus proches du sol. Et là, quand les gouttières se bouchent de feuilles en automne, le toit a la facheuse tendance de stocker l'eau, car il n'est pas parfait avec sa belle forme bombée.

Débouchez ces gouttières trop brutalement et là c'est le drame 10 mètres plus bas : les regards débordent, et le bâtiment se remplit irrémédiablement d'une dizaine de centimètres. Pire, l'eau remonte par le regard dans l'évacuation d'eau du climatiseur de notre chambre froide et retombe dramatiquement au milieu de cette pièce qui est bien celle qui se passerait le plus de cette eau.

C'est arrivé une fois, c'était effrayant mais sans conséquences heureusement. Désormais, nous faisons tout pour éviter que cela ne se reproduise.

 

La solution à cette situation ? Tout "simplement", refaire la toiture intégralement ainsi que les façades. C'est en cours, c'était urgentissime. Refaire l'isolation sur le béton, boucher les trous, modifier les gouttières, condamner les fenêtres inutiles...

Désormais, le seau et le balai en caoutchouc ne sont plus nos outils favoris du petit matin, après une bonne nuit d'averse. Les archives respirent.

 

Moi qui pensais que le feu était notre pire ennemi professionnel... Il l'est aussi mais l'eau est sournoise et pas très copine avec le papier et les supports audiovisuels.

 

La morale de cette histoire ? Ne jamais négliger l'entretien de son bâtiment, les inspections visuelles régulières, et veiller à détecter les failles dans la structure qui peuvent engendrer des sinistres.

 

Les pompiers sont également nos amis, même s'il ne faut les appeler qu'en cas d'extrême urgence. Ils sont équipés de pompes très efficaces mais un balai fait aussi l'affaire si le niveau de l'eau est modéré. 

 

Dernière leçon de l'histoire : "Au sol, cher archiviste, tu ne stockeras JAMAIS de documents". Une devise géniale qui à elle seule est un remède à bien des fuites !

 

Alors évidemment, les bâtiments d'archives "modernes" qui n'ont pas connu l'après-guerre ont d'autres vices ou sont soumis à d'autres risques : toits terrasse, climatiseurs fous, proximité d'un front de mer ou d'un cours d'eau capricieux et violent, risques de vandalisme, localisation dans une zone de crues potentielles, canalisations trop fragiles...


Je pense que nous ne sommes jamais assez sensibilisés sur ces questions de prévision des sinistres potentiels.

 

Un conseil donné par un pompier ? Achetez de la bâche, si vous saviez comme cela peut servir dans certaines situations ...

 


Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 21:53

photoMe revoilà après un grand break blogueste (depuis août 2010 !) et professionnel (de longs congés cumulés en décembre-janvier) !

 

Je vous adresse tout d'abord mes meilleurs voeux pour 2011, qu'ils vous comblent personnellement et professionnellement ! Et que vivent les archives au-delà des clichés et de leur dévalorisation institutionnelle !


Personnellement, je crois que je commençais à saturer professionnellement depuis le milieu de 2010, à me demander si je n'étais pas -telle une "Don Quichotte"- en train de me battre vainement contre des vents fondamentalement hostiles...

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails mais vous pouvez imaginer ce qui fait la vie ou le déclin d'un service culturel ouvert au public, géré par une assemblée éminemment politique (c'est après tout le sel du service public et de ses vaillants serviteurs -les fonctionnaires- que de devoir tenir sur une corde tendue entre citoyens et élus).


De plus, les services d'archives n'ayant pas une image très positive auprès de qui que ce soit (chaque jour, j'entends de nouvelles inepties sur le métier), le "combat" est encore plus rude à mener.


He bien non, la fin de l'année 2010 m'a apporté la preuve du contraire sur de nombreux plans et je suis à nouveau d'attaque pour de nouvelles aventures archivistiques et patrimoniales plus globalement. Garder le cap et tenir bon sans perdre sa lucidité, ni sa diplomatie, c'est un des secrets pour aboutir dans ses projets !


Bref, en 2011, les projets et bonnes nouvelles se multiplient, j'en suis ravie.

 

Nous travaillons actuellement à la réouverture du service au public  au printemps 2011 après une longue période de travaux. Tout est encore à faire : correction et importation des inventaires sur Gaïa, mise en place de procédures claires pour l'inscription et l'accueil du public, réorganisation de la salle de lecture et achat de mobilier, recrutement et formation d'un agent pour ce faire (entre autres missions), création de supports de communication et mise en place de partenariats avec les structures culturelles et éducatives complémentaires (médiathèques, écoles, musées, universités...), etc.

 

Le challenge est vraiment intéressant.

C'est un peu comme une deuxième naissance du service qui lui permettra enfin de se lancer et de prendre réellement sa place dans le paysage culturel du Département.

 

Voilà c'était l'objet de ce petit billet d'humeur, un dimanche soir. Ces derniers mois, je n'aimais plus du tout les dimanches soir...retourner au boulot et constater que rien n'avance, et que tout le monde s'en fout (ou presque), pas très agréable tout cela. Mais je pense et j'espère que désormais la machine est à nouveau lancée : OUF !

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 20 août 2010 5 20 /08 /Août /2010 19:19

http://news.idealo.fr/wp-content/uploads/2009/01/Obama.jpg

 

Je cite Barack Obama (lu dans la presse, le 29 juillet 2010).

 

" J'ai un Blackberry. Mais seulement dix personnes en ont l'adresse électronique.

 

Et je dois l'avouer, ce n'est pas drôle : parce qu'on pense que ce devra être versé aux archives présidentielles, personne ne veut m'envoyer de trucs vraiment croustillants."

 

En voilà un qui dit tout haut ce que certains autres font tout bas.

L'archivage comme puissant censeur ??!

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Images d'un métier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /Août /2010 19:55

http://pianococktail.files.wordpress.com/2008/08/humour-blog2.jpg

 

 

Suite à vos nombreux et très intéressants commentaires sur les articles de mon blog ces derniers mois (merci beaucoup d'ailleurs !), j'ai mis à jour les liens vers vos blogs et sites qu'il m'a semblé intéressant de citer ...

J'espère n'oublier personne !

 

Pour élargir vos connaissances de la planète blogueste archivistique, rien de mieux que de se rendre à cette adresse : http://www.netvibes.com/adelitad#Blogs_FRA


Bon "surf" !

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : L'actu des T.I.C.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /Août /2010 19:47

http://img.ozap.com/03C003C001297118-photo-pierre-martot-est-leo-castelli-dans-plus-belle-la-vie.jpg

 

Vu sur France 3 hier soir dans Plus Belle La Vie ... (hum, est-ce honteux de citer cette série fleuve ?) et résumé sur un site belge exclusivement consacré à la série :

 

" Léo (capitaine de police désabusé) mange au bar. Il a fini son plat mais en réclame. Il est déprimé car il n’a pas réussi à arrêter un pickpocket. Il a peur de se retrouver aux archives (...)".

 

 

 

No comment.

 

 

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Images d'un métier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 17:29

http://www.spcl.fr/photos/scanner-de-plans-OCE-pour-numerisation-big.jpgPour poursuivre sur le thème de la numérisation, parlons de ces sociétés de numérisation qui ont aussi leur place dans le marché plus qu'émergent de la numérisation des données publiques (ou privées)...

 

Google est le plus connu d'entre elles mais de nombreuses autres sociétés gravitent dans ce domaine évolutif.


Du petit magasin de transfert de données qui a pignon sur rue (numérisation de bobines de films VHS, 16 mm ... notamment) aux entreprises concurrentielles qui raflent les marchés de numérisation des institutions européennes, c'est tout un univers rarement évoqué par les archivistes "traditionnels" et par les publications des professionnels du métier.


Evoquer ce sujet, n'a pas pour but de jeter la pierre à ces acteurs privés qui ont une activité lucrative par définition, et qui sont pressés dans leurs méthodes par le besoin de rentabilité. Il m'a semblé intéressant de faire connaitre un domaine où évoluent également de vrais archivistes diplômés.

 

Eh oui, un temps, je fus ... archiviste dans une entreprise de numérisation "internationale".


Je peux désormais en parler librement, c'était il y a quelques années, et je ne veux aucunement "cracher dans la soupe". J'espère surtout ne pas souffrir du syndrome de la caissière de supermarché ou de la cadre territoriale désoeuvrée qui ont eu besoin de vider leur sac dans un blog à un moment donné.


Personnellement, je ne renie pas cette expérience qui fut extrêmement formatrice tant au niveau technique qu'au niveau humain -imaginez-vous travailler en équipe sur des tâches répétitives- ...

 

Sur le papier, c'était confortable et pas trop fatiguant. J'étais (très bien) payée à saisir dans une base de données tentaculaire, les analyses de documents historiques et leurs termes d'indexation.


La base était une "base maison" développée par l'institution en collaboration avec l'entreprise prestataire de numérisation. Une base sans couleurs, grise, à l'aspect MS-Dos, à base de F1, F2, troncatures %, .... ça fonctionnait pas mal, quand le serveur ne nous lâchait pas (environ une fois par mois...).


Un document à numériser était enregistré sous la forme d'une fiche informatique dans la base de données. Chaque document-papier était précédé d'un séparateur que l'on imprimait qui présentait le titre du document et surtout le sacro-saint code-barre, indispensable au scanner pour relier le fichier du document scanné à son analyse archivistique.


En soit, rien de bien compliqué. Cela s'apparentait plutôt à de la gestion de base de données, couplé à un travail de documentaliste, qu'à un boulot archivistique... Il fallait suivre à la lettre le "mode opératoire", notre Bible, le document essentiel qui faisait constamment le lien entre les exigences du client et son rendu quantitatif et qualitatif par le prestaire.

 

Le travail était fait sérieusement en tous cas. Nous devions veiller à soigneusement identifier les expéditeurs et destinataires des courriers, à les replacer dans l'histoire, pour trouver leurs fonctions, leur nationalité et leurs dates d'activité. De même pour les institutions destinataires des correspondances, il fallait veiller à bien les identifier, bien connaitre les institutions politiques des pays concernés pour ne pas commettre d'impair. Là, le métier et l'expertise de l'archiviste étaient plus qu'indispensables.

 

Mais ce qui me dérangeait plus, c'était les méthodes de travail. Vous allez me dire, qu'entre le public et le privé, ces méthodes sont évidemment incomparables. Certes.


Mais, nous étions dans l'extrême : comptabiliser le nombre de fiches remplies  chaque jour et de documents analysés, mesurer chaque soir la hauteur de la pile de documents traités, trembler lorsque l'on voit que l'on ne va pas tenir les objectifs fixés pour la semaine... c'est tout un contexte qui ferait hurler le moindre archiviste du secteur public (il est vrai que l'on devrait aussi s'en inspirer pour motiver nos troupes ;- ) ).


Nous étions aussi pressés par le système qualité qui pouvait vous obliger à reprendre une grande partie de votre travail chaque vendredi si celui-ci était mal fait. Nous nous évaluions entre collègues. Chacun se chargeait de vérifier le travail d'un autre collègue... il y a mieux pour une ambiance de travail sereine...

 

Nous étions également devenus les champions du désagraffage. Il était en effet indispensable de retirer les agrafes des documents pour les faire passer dans les scanners. Or, ces documents étaient truffés d'agraffes. On en a chacun presque enlevé des kilos. La pince ôte-agraffe comme outil du BAC+5... Ô joie des jeunes diplômés. Mais il faut bien commencer par quelque chose me direz vous !

 

Bon, pour compenser les agraffes, la petite valeur ajoutée du boulot, c'était les langues... Car le client producteur des documents était une institution internationale. De ce fait, nous devions traduire les documents pour les analyser. J'étais expressément chargée des documents en allemand. J'ai ainsi beaucoup progressé à l'écrit ce qui m'a permis d'obtenir une note excellente lors de l'oral d'un concours.

 

Le vocabulaire institutionnel allemand n'a plus de secret pour moi. 

Pareil pour l'anglais, et même ... l'italien et l'espagnol, qui finalement se sont révélés tout à fait compréhensibles, en se méfiant des faux-amis bien sûr !

 

Bon, nous avons également fait semblant de comprendre le hollandais, le néerlandais, le grec, le turc, le suédois, le russe... personne n'était capable de nous assister, alors nous devions nous débrouiller, traduire à peu près, deviner ce que nous racontait Babel fish. Alors, si un jour vous consultez les documents numérisés sur Internet, amis grecs, néerlandais et suédois, ne vous étonnez pas si l'analyse n'est pas très fidèle au contenu du document... C'était le jeu, assumé par le prestataire !

 

Bref, l'archiviste dans une société de numérisation est un employé lambda qui apporte son expertise historique et institutionnelle quand les documents s'y prêtent. L'entreprise lui demande de la précision, de la rapidité et une grande résistance à la répétition...

Dans ce contexte, j'estime être heureuse d'avoir travaillé sur des documents historiques. J'imagine également que pour des documents sériels et courants (factures, fiches de paie, correspondance courante, plans), l'entreprise n'aurait jamais fait appel à des archivistes diplômés.

 

Voilà, archiviste dans une société de numérisation : une bonne expérience, un bon gagne pain, une école de la rapidité et de la diplomatie et un très bon élément de comparaison lorsque l'on va ensuite travailler dans le secteur public.

 

Pas si mal finalement !


 


 




Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 21:27

Ce qui va suivre est grandement inspiré d'un "mix" de situations vécues au charbon (comme au fer), ainsi que dans un musée, lors d'un colloque, chez un photographe aérien professionnel et dans un presbytère. 

"Allo, Madame l'archiviste ?

Je vous appelle car je conserve beaucoup d'archives dans ma cave. Des choses assez vieilles, certaines datent de 1880... 130 ans ! J'ai des documents manuscrits, assez poussiéreux, et même de jolies factures, avec le nom de l'entreprise orné de beaux dessins...

http://www.mondial-infos.fr/wp-content/uploads/2009/12/cave-a-vin.jpgIl y a même des choses écrites en allemand.


J'ai récupéré ça dans une usine abandonnée, mais attention, je n'ai rien volé ... Sans moi, tout ça, ça se serait perdu !!! Ils étaient en train de tout jeter, hop, direct dans la benne, avant de démolir le bâtiment !!

 

C'était par terre, dans le grenier, ça trainait, personne n'y faisait attention.

Alors, j'ai rempli ma voiture à ras bord et je suis vite parti avant qu'on m'arrête. Les patrons, ils n'aiment pas qu'on emmène les archives, sait-on jamais ce qui traîne dedans !

 

Les trucs de grève, les secrets industriels, la pollution, tout ça ... Vous savez, les ouvriers, ils avaient pas la belle vie à l'époque, alors y'a encore bien des choses à cacher de cette époque. L'amiante, le diesel, les accidents...


Du coup, j'ai créé mon centre d'archives, chez moi. Bon, ça prend un peu de place... ça faisait 1 palette bien remplie. J'ai un peu encombré les armoires de ma cave. Ma femme elle est pas tout à fait d'accord mais elle voit que ça peut servir. Les étudiants, ils viennent même consulter ! J'ai un peu classé par armoire. Dans une, vous avez les trucs très vieux, dans une autre, les photos, et dans une troisème, les plans.

 

Sans moi, il n'y aurait plus rien ! Des vieux registres, des budgets, des factures, des plans ! Si on attendait les Archivistes, je me demande ce qu'il resterait de tout ça ! Moi, en tant qu'ancien de cette usine, ça m'aurait fait mal au coeur.


Du coup, je vous propose quelque chose : je pense que ma palette elle ne peut qu'intéresser les Archives. Vos lecteurs, ils vont sûrement avoir besoin de faire des recherches là-dedans ! Alors, je vous propose de vous vendre des documents. Y'en a, on m'a dit qu'ils valaient 300 euros à la brocante. Alors, je me suis dit, pourquoi, pas tenter !! J'ai par exemple un super catalogue, comme je vous disais, un vieux catalogue de matériel électrique. Il a bien 40 ans, et il est assez beau, stylisé, sur papier brillant. Vraiment beau. ça je suis sûr que ça peut vous intéresser.
Sinon, j'ai pas mal de documentation, des articles de presse, des livres avec une couverture en cuir, un peu dorés sur le côté. C'est beau ça dans une bibliothèque.

ça vous intéresserait ?"

 

... je pense que tout cela se passe de commentaire...

 

Oui, chers donateurs/vendeurs, on vous aime pour les (rares) petites joies de papier que vous nous apportez. Non, quand c'est intéressant, ça n'a pas de prix (ou presque), par contre, quand nous refusons, dites-vous que c'est rarement pour une question de budget.

 

Et posez vous alors la question : qu'est ce qu'un document qui a une valeur historique ou patrimonial : un budget édité en 3000 exemplaires, une facture de pneus de camions payée en 1912, une attestation de salaire de 1926, une édition de Balzac de 1952 (que l'on trouve encore dans toutes les bonnes librairies d'occas'),  le plan-projet d'un pont qui a été réalisé mais dont les Archives ont le bon plan (le final, le dernier, le réalisé ! ), la fiche de paie que l'on retrouve aux archives sous la forme d'un livre de paie qui reprend intégralement les infos de la fiche de paie...??


Franchement, posez-vous la question de temps en temps.

 

L'archiviste sait-il pêcher ? (il sait peut être pécher, je vous l'accorde) NON... (ou rarement).

L'archiviste est-il un bon horticulteur ? NON.

Et vice-versa : le brocanteur est-il un bon archiviste ? MOUI.

Le boucher est-il un bon archiviste ? NON.

Le généalogiste est-il un bon archiviste ? MOUI.


NON ! Ou presque !


Comprenons-nous, entraidons-nous, au lieu de ne pas nous parler (même si la diplomatie est encore une autre discipline dans laquelle excellent d'autres diplomates de métier ...).


Oui, on vous aime quand vous venez nous faire part de vos petites trouvailles, mais, comme on dit (ou "comme dit", en Alsace), sur une palette, on prend 10 cm ou toute la palette. Mais il n'y a pas de juste milieu (ou si peu). Et le vieux n'est pas un critère de qualité et de valeur historique. Bon, ok, pour certains, plus c'est vieux, plus ça permet d'arnaquer le chaland...


N'hésitez pas à me faire connaitre vos propres anecdotes sur ce même sujet ("c'est l'histoire d'un mec qui a plein d'archives" ! Je suis sûre que vous pouvez nous raconter plein d'aventures du même type !!



Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 15:17

Dans un monde idéal, l'Humanité fuit le Profit, aime la Connaissance pour ce qu'elle est, au-delà de toutes considérations économiques. L'information est un vecteur de science, une source de l'histoire, une matière pure, que chacun échange spontanément sans arrière pensée.


Les services culturels publics, en particulier les bibliothèques, les services d'archives et de documentation participent bien évidemment à ce monde idéal : ils se refusent à commercialiser la phénoménale base de données potentiellement si lucrative sur laquelle ils sont "assis". Le livre, l'archive, sont les fondements de la connaissance, ils sont utilisés, mis en valeur par les chercheurs, les lecteurs, les curieux retraités, qui cherchent pour le plaisir. Un éditeur de livres s'approche qu'il est rapidement éloigné, ses intentions sont si peu nobles...!

 

Ce serait bien bas de commercialiser des reproductions des plus beaux documents conservés par ces services (plans aquarellés, chartes, signatures de personnages célèbres ...), de vendre des reproductions de photographies et de films, qui pourraient largement enrichir ces services, réputés si coûteux et si peu utiles...

 

Or, le service public est non lucratif, chaque agent du service public se fait un honneur de scrupuleusement respecter ce principe. "Tu vendras à perte", "tu ne feras pas de bénéfice". "Lorsque tu vendras la reproduction d'un acte d'état-civil, assure-toi qu'au final, ton gain issu de la vente de l'ensemble de ces actes ne dépassera jamais l'investissement initial du projet de numérisation"...

http://blog.geneanet.org/public/Newsletter%20FR/nl256/.numeriser4_m.jpg

"Et surtout, tu respecteras le sacro saint "Délai de Communicabilité" ... tel une idole, qui protège le citoyen de la vindicte populaire et de la curiosité malsaine."

Le service public ne se risquera pas à commercialiser des documents dont ce délai n'est pas atteint, même s'ils sont extrêmement convoités par certains cercles qui forment une République des libres reproducteurs, au service de Vos Origines, pour vous servir...

 

Mais d'autres ont compris : l'Information est bien là, dans ces magasins d'archives et de bibliothèques. Finalement, le mot "Magasin" n'est pas si inapproprié pour ces lieux de stockage, puisqu'ils conservent une source intarissable de profit.

 

Mais pourquoi donc les services publics n'y ont pas pensé avant ?! Sont-ils si bêtes, si peu rentables qu'ils n'ont même jamais envisagé de le devenir ? Vraiment, quelle bêtise !

 

Si je numérise 1 milliard d'actes d'état civil, projet qui me coûte par exemple 100 millions d'euros, que je peux potentiellement vendre au minimum à une personne, pour un prix de 2 euros, par exemple, eh bien, j'en retire 1,9 milliards d'euros de bénéfice au minimum. Quelle fabuleuse poule aux oeufs d'or !!!

 

Et au Diable, la loi, les délais de communicabilité, vive la Commission d'accès aux documents administratifs, vive l'obligation de communiquer au citoyen tout document administratif communicable qu'il souhaite consulter !

 

Finalement, ils (ces entrepreneurs) ont foudroyé Google et ses prétentions sans limites, de numériser toutes les bibliothèques du monde. Chacun y voyait un objectif caché, loin de toute philanthropie. Ils ont crié au scandale : et les droits d'auteur !!! Et le devenir des maisons d'édition !!! Et la rémunération de l'auteur !!!

 

La numérisation des documents conservés par les services publics n'en est finalement pas si loin. Certes, les numérisateurs forcenés ne violent pas le droit d'auteur (l'agent de l'état-civil, ou l'attaché aux recensements militaires ne sont pas considérés comme des auteurs) mais ils risquent de vider un peu plus les salles de lecture, et de proposer au public une matière prémachée, indexée, qui va encore un peu plus l'amener sur le chemin du "tout cuit", l'habituer à avoir une démarche de client, et non plus de chercheur, le rendre extrêment irritable lorsque par malheur, il doit encore faire une recherche sur un document qui n'est pas encore numérisé !

 

Finalement, depuis des siècles, les documentalistes, bibliothécaires, archivistes, s'appliquent à patiemment indexer, inventorier, classer la connaissance pour bien répondre au public (ce dont jusqu'à présent il s'est rarement plaint) et il aura suffit de quelques entreprises aux dents longues pour laisser penser que ce travail n'était pas si indispensable puisqu'un coup de scanner et d'indexation ont le même résultat et avec un délai bien raccourci !

 

Et là, autre effet collatéral, les cercles généalogiques qui étaient des interlocuteurs indispensables, du public et des professionnels du patrimoine voient leur échapper une merveilleuse poule aux oeufs d'or. Celle-ci les rémunérait (allez allez, ne nous faites pas croire le contraire), et leur donnait un pouvoir certain, qui en a fait plier plus d'un, notamment en ce qui concerne la baisse des délais de communicabilité.

 

Pour conclure, c'est l'arroseur arrosé. Les généalogistes (associations et professionnels) ont obtenu la baisse des délais de communicabilité de l'état-civil. Mais, celui qui va en profiter, c'est le numérisateur professionnel qui sait investir au bon moment, et qui se cachait dans un fourré, à l'affut des évolutions législatives...

 

Alors, devons-nous songer à devenir lucratifs, pour équilibrer nos budgets ? Je suis sûre que cela serait possible mais la déontologie du service public en prendrait un coup et ne protégerait pas ces services de ce fait d'une privatisation possible, puisqu'ils deviennent enfin lucratifs (ce genre de raisonnement étant dans l'air du temps) !!!

 

...

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Réflexions professionnelles
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 22:24

http://dutron.files.wordpress.com/2008/10/_crise-cac-40.jpgVoilà 3 mois que je n'ai pas alimenté mon blog. J'en suis un peu désolée.


Les idées ne me manquent pas, mais j'ai tant de sujets d'articles en tête que j'en ai oublié de trancher.

 

Surtout, j'ai souvent envie de m'exprimer sur  l'évolution actuelle de l'environnement du fonctionnaire territorial a fortiori dans le domaine culturel et a fortiori archiviste ! ... et là, je préfère me taire plutôt que d'écrire des choses que je pourrai regretter.


Régulièrement, en rentrant du travail, j'ai la gorge nouée, j'ai envie de m'exprimer, le stylo (le clavier) me démange, mais non : supprime le titre de cet article qui pourrait te nuire avant même d'en écrire le contenu !


Je vous avoue que les temps ne sont pas faciles en cette période mouvementée due à une "bête" histoire de bourse qui tend à détruire -c'est mon avis, je ne pense pas exagérer- les avancées démocratiques et institutionnelles des siècles passés.

Et l'archiviste est, ô combien, le témoin privilégié de tous ces bouleversements institutionnels. Une administration ferme et ce sont des mètres et des mètres de documents qui se trouvent en déshérence à la recherche de leur nouvelle maison. Les Archives départementales sont en première ligne de ces mutations.


Depuis le début de cette satanée crise, je peux vous dire que tout est comme passé sous une loupe grossissante qui provoque un malaise. On entend, pêle mêle :

"A quoi sert la culture ? "

"A quoi servent les archives ? Cela rapporte si peu à une administration !"

"A quoi sert la conservation du patrimoine ?"

"Fonctionnaire, pourquoi es-tu si souriant et épanoui alors que normalement, c'est bien connu, le fonctionnaire s'ennuie à mourir ?"

"Pourquoi protéger le patrimoine alors que les bibliothèques, les musées et les châteaux sont tellement plus glamour et visibles ?"

 

C'est un peu une posture de résistante que j'ai adoptée, sans toutefois comparer notre époque à des temps beaucoup plus sombres. J'ai souvent l'impression d'être sur une petite embarcation frêle, au milieu de l'océan et assaillie par des vagues. Il faut écoper le bateau et expliquer aux éléments naturels qu'ils doivent être avec vous pour vous ramener sur la terre ferme, et que c'est dans leur intérêt, plutôt que de s'acharner contre vous.


Notre métier est fondamental pour la mémoire et l'histoire humaines, oui, il est peu visible et plutôt mal perçu et négativement représenté mais l'archive est au centre de notre civilisation, elle en est la base et le ciment même si peu de personnes en sont conscientes.


Bref, haut les coeurs, ne nous décourageons pas et croyons en notre combat métier !

 

Dernière chose qui me fait relativiser : mes souvenirs d'archiviste intercommunale...

Le blog http://archivistes.canalblog.com  (blog communautaire d'archivistes intercommunaux) m'a replongée dans mes expériences et souvenirs. Ce n'est pas que je regrette, mais il y a des postes d'archivistes plus ou moins exposés à la curiosité et aux a priori populaires sur le métier.

Les souris momifiées, les bouteilles de Picon entre deux boîtes d'archives, le drapeau français bouffé par les mites, le portrait du Général de Gaulle qui traîne dans un coin dans la pénombre, urnes électorales abandonnées, médailles du travail non décernées ... j'ai connu et là je me sentais vraiment une résistante de la conservation du patrimoine !

A cette époque pas éloignée du tout, le "blog" n'existait pas encore malheureusement. Sinon, je pense que je me serais régalée en petites chroniques, du même style que celles d' "archivistes.canalblog.com" ! Bravo en tous cas à vous pour ce blog que j'adore !!!

Par Cyber@rchiviste - Publié dans : Images d'un métier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recherche

Et le temps passe...

D'où venez-vous aujourd'hui ?


  actualites

Visiteurs uniques

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés